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À chaque rencontre à domicile, découvrez la relation qu’entretiennent nos joueurs avec une thématique liée au football. Aujourd’hui, Timothé Cognat décortique l’arrivée de l’assistance vidéo dans le football suisse à l’été 2019.


La VAR a fait son apparition en Suisse cette année. Comment l’as-tu accueillie ? 

Comme tout le monde je pense. Avec cette appréhension de savoir si c’est une bonne chose ou non pour le football. 

Quel est ton avis personnel, es-tu pour ou contre ?

Dans l’absolu, je suis pour car cela enlève les injustices flagrantes qu’on a pu observer dans le passé. C’est une aide pour les arbitres. Mais cela enlève le charme du football où les erreurs étaient parties intégrantes de ce sport. Tout est revu, analysé. Le football s‘est quelque peu « robotisé ».

La VAR en Suisse a été intronisée uniquement pour éviter les erreurs flagrantes. Il n’y a pas, par exemple, de révélateur de hors-jeu. C’est quelque chose qui te plaît ou souhaiterais-tu plus d’interventions de la vidéo ?

Une fois qu’elle est mise sur pied, c’est vrai que nous, joueurs, on se demande pourquoi elle n’intervient pas plus. On se prive de son aide sur certaines situations. En même temps, je n’ai pas envie que l’on arrête le jeu toutes les cinq minutes pour aller revoir des situations qui, au final, sont assez banales. Est-ce que le ballon est vraiment sorti ici ? Est-ce que ce tacle méritait un jaune ? Est-ce que le talon du joueur est hors-jeu ? On devrait peut-être mettre un peu plus l’accent sur les buts en Suisse. Je n’ai pas l’impression qu’ils soient vraiment passés à la loupe. 

Qu’est-ce que ça change pour les joueurs ?

Quand tu as l’impression d’être victime d’une injustice, cela fait du bien de voir que l’arbitre change sa décision en ta faveur avec l’intervention de ta VAR. Dans l’autre sens, lorsqu’on célèbre un but qui est annulé par la suite, tu en veux à toutes les personnes qui l’ont intronisée dans ton championnat (rires). 

A quel moment la VAR aurait bouleversé l’issue d’une des rencontres du SFC cette saison ?

à Bâle lors du premier tour. Je prends une gifle qui est presque un coup de poing de Xhaka. La VAR n’intervient pas sur cette situation qui valait à mon sens un carton rouge pour le joueur rhénan. Cela aurait eu une incidence certaine sur l’issue de la rencontre. L’annulation de l’égalisation de Iapichino contre Saint-Gall est étrange. Ils auraient pu aller regarder la vidéo et se rendre compte qu’il n’y avait pas forcément hors-jeu. A part ces deux cas, la VAR n’a pas eu une grande incidence sur notre saison jusqu’à présent, ce qui est plutôt bien. 

Ça fait mal de célébrer un but qui est ensuite annulé ?

Cela nous est arrivé deux fois je crois. Le 2-0 de Chagas contre Lucerne à la maison et un but de Kone en début de match contre Zürich au Stade de Genève aussi. C’est un drôle de sentiment, une grande frustration. Tu dois attendre cinq minutes pour savoir si tu as marqué ou pas. Le problème c’est que les arbitres de touche n’osent plus lever leur drapeau de peur d’interrompre une action qui pourrait être licite. Ça amène parfois des situations dangereuses. Lors du dernier match contre Thoune, Rapp est au moins un mètre hors-jeu mais on le laisse aller au bout de son action et il vient percuter Frick qui doit sortir sur blessure. C’est dommage. Les arbitres de touche ne prennent plus la responsabilité de lever leurs drapeaux. Ils se « cachent » un peu derrière la vidéo. 

Quelles sont les améliorations que tu vois pour la VAR ?

Il y a un progrès à faire au niveau de la prise de décision je pense. C’est le débat en ce moment un peu partout dans les autres grands championnats. Les décisions sont trop longues à être prises et cela péjore tout le monde, joueurs comme spectateurs dans le stade. En Suisse, par contre, j’ai l’impression que les décisions sont prises trop vite. L’arbitre fait totalement confiance aux arbitres-VAR à Zürich et ne va que rarement voir de lui-même les images. Il doit y avoir un juste milieu. Il y a également un problème de cohérence. Deux situations similaires peuvent amener des décisions différentes. Quand il n’y avait pas de vidéo, on entendait que les arbitres pouvaient avoir des interprétations différentes d’actions similaires. Avec la vidéo, je pense qu’on devrait pouvoir juger de la même manière des fautes identiques. 

Cela crée-t-il de la frustration lorsque l’arbitre ne va pas voir les images?

C’est vrai que j’ai rarement vu un arbitre aller voir de lui-même une action. Il met la main à l’oreillette pendant quelques secondes et le jeu reprend. Ce n’est peut-être pas plus mal vous me direz. Des fois, tu as envie de l’inviter à aller voir de lui-même les images, c’est lui l’arbitre principal, non ?

Est-ce que la VAR a changé ton rapport aux arbitres ? Est-ce que tu « râles » toujours autant sur un terrain ?

Cela n’a pas changé les rapports entre joueurs et arbitres. En revanche, cela change notre manière de jouer. On ne défend plus de la même façon dans la surface par exemple. On sait que le moindre petit contact peut amener un penalty après révision des images. On doit contrôler notre agressivité.