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Retrouvez la grande interview du numéro 10 des Grenat publiée dans le programme de match de dimanche.


Qui est-tu Sébastien Wüthrich ?

Je suis un enfant du Locle, dans le canton de Neuchâtel. J’ai un frère, deux parents qui habitent encore là-bas, et une copine. Ma famille du côté de mon père vient du Jura, côté Porrentruy et Courgenay. Du côté de ma mère, c’est plutôt Locle et La Chaux-de-Fonds.

Tu as passé toute ton enfance au Locle ?

Oui, jusqu’à 12 ans. J’ai été repéré par Xamax et je suis arrivé au club en C Inter. J’y ai fait toutes mes classes jusqu’à la première équipe. De 12 à 16 ans, mes parents nous amenaient, mon frère et moi, du Locle à Neuchâtel. J’ai vécu tout seul dès 16 ans, à la signature de mon premier contrat professionnel. Gérard Castella m’a proposé ce contrat, Alain Geiger était directeur sportif à l’époque. Il n’y avait pas encore de sport-études et j’ai donc dû arrêter l’école à cet âge-là. C’est dommage car ce système a été mis en place l’année d’après.

Tu retournes souvent voir ta famille dans le canton de Neuchâtel ?

De moins en moins. Mon père travaille à Berne et ma mère tient un kiosque et travaille toute la journée. Je suis très proche de mon frère mais il est désormais du côté de Miami. Donc si j’y retourne, je ne suis pas sûr de pouvoir tomber sur quelqu’un (rires). Ils viennent souvent me voir jouer lorsqu’on évolue à domicile. Mon père regarde souvent les matches à l’extérieur à la TV. Je suis fier de pouvoir compter sur leur soutien et sais que je leur dois beaucoup.

Quelle enfance as-tu vécue ?

Le Locle, c’est une ville de 11'000 habitants, mais ça reste relativement petit. Il n’y a pas grand-chose à faire et elle a été élue ville de Suisse où il fait le moins bon vivre (rires). Quand je suis arrivé à Neuchâtel, c’était quand même autre chose : le lac, des activités, etc. C’est une ville qui bouge.

Neuchâtel, Sion, Saint-Gall, que retiens-tu de tes expériences dans ces clubs ?

J’ai connu la faillite à Xamax. Je pars donc libre de ce club et plusieurs choix s’offrent à moi. Je reçois des offres de l’étranger mais Sion me paraît être une bonne étape, un club ambitieux, en Suisse, et où l’on parle le français. Je suis arrivé au mauvais moment. C’est la saison où le club écope de 36 points de pénalité et où on se sauve en barrages. L’année d’après, la valse des entraîneurs est dur à vivre en tant que joueur. On change souvent de système et suivant le coach en place, on est dans ses bons papiers ou pas.

Et ensuite, tu es prêté à Saint-Gall.

J’ai passé une année extraordinaire. Un des meilleurs moments de ma carrière. On finit deuxième du championnat et on joue l’Europa League. Christian Constantin veut à tout prix me récupérer, Saint-Gall veut me garder. Les deux clubs n’arrivent pas à se mettre d’accord et je retourne donc dans le Valais où il me reste une année de contrat. Je me blesse en cours de saison et pars à Montpellier au mercato hivernal.

Montpellier, ça s’est mal passé pour toi… Pourquoi ?

C’est Courbis qui m’appelle que j’avais connu à Sion. J’arrive blessé et l’objectif est de me préparer pour être opérationnel en vue de la saison suivante. On me fait comprendre très vite qu’il faut que je signe avec l’agent de Courbis pour que ça fonctionne. Moi, j’avais le même agent depuis l’âge de 16 ans, donc je refuse. A partir de là, ça commence à se compliquer. Je savais que je n’avais plus aucune chance de jouer. J’étais performant à l’entraînement mais je savais que quoi que je fasse, j’allais avec la CFA le week-end. J’aurais pu m’assoir sur mon contrat de 3 ans, mais au bout d’une année je suis allé voir les dirigeants pour leur demander de partir. Moi, ce que j’aime dans le foot, c’est jouer. Je suis libéré et j’ai comme objectif de trouver un club en Super League. C’est plus compliqué que prévu et j’atterris en Challenge League à Aarau. J’ai rejoué et retrouvé la confiance mais c’est dur pour moi de toucher mon rêve de jouer au plus haut niveau et de devoir repartir d’en bas. Je ne pensais faire qu’une année en Challenge League, mais je suis déjà dans ma troisième (rires).

Ton meilleur souvenir de footballeur, c’est quoi ?

J’ai gagné une Coupe de Suisse avec Sion mais en ne jouant que les deux premiers matches avant mon départ. Ils sont allés en finale dans la deuxième partie de saison et je n’étais plus au club. Lors d’un de ces premiers matches de Coupe, je joue contre la Chaux-De-Fonds où évolue alors mon frère. On gagne 3-1, mon frère marque pour eux et moi j’inscris le 3-1. C’est un beau souvenir mais je dois dire qu’au niveau du football, le top c’était Saint-Gall. On avait une très belle équipe, et disputer l’Europa League, c’est un peu un rêve qui s’est réalisé. On a joué contre Valence, Swansea et Krasnodar. Evoluer dans des grands stades devant plein de monde, ça a été magnifique.

Si tu devais changer quelque chose à ta carrière ce serait quoi ? Ton passage à Montpellier ?

Non, Montpellier je ne pense pas. Sur 100 joueurs, 99 feraient le même choix que moi. C’était une belle opportunité et je l’ai saisie, on ne peut pas refuser un tel défi. Malheureusement, le football c’est beaucoup de politique et moins les performances. En Coupe de France contre des CFA, certains jeunes étaient convoqués alors que moi je restais à la maison, il n’y avait aucune logique de performances là-derrière… Le seul choix que je pourrais regretter, c’est celui d’aller à Sion après la faillite de Xamax. J’aurais peut-être dû partir à l’étranger, tenter ma chance à Parme par exemple qui m’offrait cinq ans de contrat… Mais qui sait où je serais aujourd’hui ?

Tu arrives à Servette où tu fais la rencontre d’un certain Miroslav Stevanovic.

Meho Kodro me voulait au SFC et me parlait déjà de Mica. J’attendais avec impatience de le rencontrer. Quand il est arrivé, on a tout de suite vu son potentiel mais il avait un peu de peine à s’intégrer. On parle espagnol les deux, donc je l’approche et j’essaie de l’intégrer le plus possible au groupe. Je déteste voir un joueur ne pas réussir à faire partie du groupe. Plus on le met dans des bonnes conditions, plus il va performer et plus l’équipe va être forte. J’essaie toujours de le faire venir avec nous quand on va au restaurant ou lorsqu’on sort boire un verre. Le problème, c’est qu’il a toujours l’impression de déranger (rires). Je dois le supplier pour qu’il vienne, c’est typiquement du Mica ça ! Je crois qu’il a apprécié que je lui promette de venir le voir à Belgrade et que je l’ai fait très rapidement, sans le connaître plus que ça. Notre complicité a démarré avec ce voyage je pense.

Pourquoi tu ne réalises que très peu de passes décisives cette année ?

C’est étrange car on a une équipe plus joueuse que la saison passée, durant laquelle j’ai réussi huit assists, tout en jouant moins que cette année à cause d’une blessure. D’un autre côté, je marque plus cette saison. J’ai fait pas mal de passes mais mes coéquipiers n’ont pas marqué, à l’image de l’occasion de Schalk à Wil, qui se fait bousculer au moment de tirer. Je n’aime pas ne pas être décisif, donc il faut que je m’améliore sur ce point.

Comment vois-tu ta reconversion ? Tu as des papiers ?

Je commence à y penser mais ça reste un peu flou. Je sais deux choses : je ne veux pas d’un patron qui me dise ce que je dois faire toute la journée, et je ne veux pas travailler dans le football. Je veux monter un petit business à moi, mon propre concept. Je me suis préparé quand même un petit peu. J’ai investi dans l’immobilier et j’ai ouvert un kiosque pour ma mère au Locle. A ma retraite sportive, j’aimerais un petit truc à moi.

Pour toi, le football c’est fini à la fin de ta carrière ?

J’adore le football donc je continuerai à suivre ce sport. Plus en tant que consommateur qu’acteur. Je ne me vois pas entraîneur, ni directeur sportif, encore moins agent. Les gens ne se rendent pas compte, mais c’est très faux comme milieu, tout est politique. J’ai été dégouté à des moments de ma carrière.

Si tu devais passer une journée dans la peau d’un autre sportif, ce serait qui ?

Je vais rebondir sur une de mes réponses précédentes et dire David Beckham. Non seulement pour sa carrière, mais également pour l’homme d’affaires qu’il est devenu à la fin de celle-ci. Il a la classe.

Si tu devais jouer dans une équipe d’un autre sport collectif ?

Les Miami Dolphins en football américain. Je suis allé les voir et j’ai été surpris de l’intensité de ce sport.

Tu prends qui dans ton équipe de five ?

Mon frère, mon agent, Del Piero et Ronaldinho, mon footballeur préféré.

Question de Follonier : pourquoi vas-tu toujours faire de la méditation avant les entraînements ?

J’aime bien me mettre à part et prendre un peu de temps pour moi avant les entraînements. Lire les journaux par exemple.

Qui sera à l’affiche du prochain programme de match et quelle question doit-on lui poser de ta part ?

Miroslav Stevanovic. Est-ce qu’il accepterait que je lui tonde le crâne en cas de promotion ?